L’EURO
Depuis son avènement, l’euro cause bien du souci à nos concitoyens.
Je ne parlerai pas des difficultés d’appréciation de la valeur d’un bien qui contraignent encore la plupart d’entre nous à se livrer à des calculs malaisés pour convertir en francs, voire même en
anciens francs pour les plus réfractaires aux changements, les sommes exprimées en euro. (prétérition)
Je veux évoquer un problème d’orthographe :
On entend partout, aussi bien à la radio, à la télé, que dans la rue, des gens prononcer des phrases de ce genre : « J’ai perdu quatre-vingts…euros ! » ou « j’ai gagné deux
cents…euros »
Même sur les radios privées qui, à notre époque mercantile, ne sont pas avares de publicités chiffrées, on peut entendre ce genre de message : « Participez à notre grand tirage au sort et
gagnez (peut-être) cinq cents…euros ! »
On pourrait croire, pourtant, que ces publicités ont été mûrement réfléchies, testées, soumises à la censure de connaisseurs en orthographe, sinon à des grammairiens.
Il faut croire qu’il n’en est rien.
Alors les gens écrivent-ils « heuros » avec un h aspiré ce qui dispense de toute liaison ?
Sans doute pas, il est plus probable qu’ils méconnaissent certaines règles d’orthographe.
Rappelons-les : « Quatre-vingts s’écrit avec une S toutes les fois qu’il précède le substantif. Quatre-vingts hommes. » (Littré).
Cent s’écrit avec une S s’il est précédé d’un nombre qui le multiplie et n’est pas suivi d’un autre nombre.
On doit donc écrire : « deux centS euros » mais on écrira : « deux cenT un euros »
Mais, me direz-vous, si les gens ignorent les cas où vingt et cent s’écrivent avec une S, ils devraient faire la liaison en T !
Peut-être, mais si on entend parfois : « J’ai perdu deux cents-t-euros » ou encore : « J’ai gagné cent-z-euros », c’est plutôt rare.
En fait, dans le doute sur la bonne liaison, la plupart des gens préfèrent s’abstenir d’en faire.
On pourrait penser que devant ce petit problème auquel ils se trouvent confrontés quotidiennement, ils prendraient la peine d’ouvrir un dictionnaire. Pour la plupart il n’en est
rien.
Pourquoi ? Parce qu’à partir d’un certain âge, variable selon les individus, mais trop souvent beaucoup plus proche de l’âge tendre que de la sénescence, le goût d’apprendre abandonne certains,
pas pour des raisons physiologiques mais par paresse intellectuelle, par désintérêt pour l’acquisition de nouvelles connaissances et par insouciance de passer pour inculte aux yeux, finalement,
d’un très petit nombre de gens.
LE POINT…G
Une liaison totalement tombée en désuétude, c’est celle qui relie les mots se terminant par un G , comme sang, poing, long… à ceux qui commencent par une voyelle.
Rappelons qu’elle doit se faire en Q.
Nous avons tous entendu de vieux enregistrements de « La Marseillaise » chantée où les anciens prononçaient : « qu’un sang qu’impur abreuve nos sillons… ». Ce qui,
aujourd’hui, fait rigoler tout le monde. Personne n’oserait plus faire la liaison entre sang et impur de crainte d’être brocardé !
Il existe un dernier îlot de résistance. Il ne se situe pas dans un petit village breton mais dans une ville de la Bresse.
Les habitants de Bourg-en-Bresse, chef-lieu du département de l’Ain, les Bressans ou les Burgiens donc, font la liaison quand ils citent le nom de leur ville. Ils disent :
« Bourg-qu’en-Bresse »
Gageons qu’ils finiront par abandonner cette coutume, de crainte des sarcasmes et, qu’un jour, ils se résigneront à habiter la ville au nom équivoque de « Bourre-en-Bresse ».