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Lundi 19 mai 2008
Le responsable de "Libre parole" m'a aimablement proposé de publier mes articles dans sa communauté.
J'ai commencé à le faire en rééditant des billets dont j'ai "actualisé les dates" . Si j'avais gardé celles d'origine, personne ne les aurait exhumés.
Ca a pu vous surprendre, veuillez m'en excuser.
J'ai arrêté ces re-publications pendant la série :"l'histoire d'Otto" mais je vais les reprendre.
Vous pouvez éviter la relecture de textes que vous avez déjà lus en vous abonnant à ma "news letter" .Vous serez prévenu par votre messagerie des seules nouvelles parutions. C'est à ça que ça sert.
par Absalon
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Samedi 17 mai 2008

LA GUERRE ( Conclusion )

 

- Les méthodes de renseignement, les tortures, n’ont pas empêché la France de perdre la guerre !

- Pas du tout, après huit ans de combat la guerre était gagnée ! Les organisations du F.L.N. étaient démantelées, ses pertes étaient considérables, en grande partie grâce au renseignement.

- Alors pourquoi abandonner la partie ?

- Le divorce entre les deux communautés était consommé. Il n’était plus question de concessions. La totalité des Algériens s’était ralliée aux indépendantistes.

- Sauf les harkis !

- Aux yeux de leurs compatriotes, les harkis s’étaient trop compromis avec l’armée française. Pour eux, il était trop tard pour changer de camp. Ils l’ont payé de leur vie pour la plupart.

De Gaulle n’avait pas le choix, affronter la réprobation internationale en chassant dix millions d’Algériens de leur pays était impensable, il ne lui restait plus qu’à « rapatrier » un million de Pieds-noirs.

- Finalement, même sans l’O.A.S., les Pieds-noirs auraient fui l’Algérie ?

- Sûrement, la seule différence c’est qu’ils auraient pu négocier au moins une partie de leurs biens au lieu de les abandonner et d’embarquer avec la seule valise que leur recommandait l’O.A.S.

- Pourtant ils avaient vécu en plus ou moins bonne intelligence avec les Algériens pendant cent trente ans !

- La guerre avait changé la donne, elle ne s’était pas contentée d’opposer l’armée française aux rebelles, les civils avaient été fortement impliqués.

- Par les méthodes de « renseignement » ?

- Et aussi par les exactions de l’armée française. Depuis peu, la télévision nous montre des images, tournées à l’époque, d’exécutions sommaires de civils qui, à priori, n’avaient rien à se reprocher. Il y a eu aussi les attentats de l’O.A.S.

- Qui répondaient à ceux du F.L.N. !

- La violence engendre la violence, c’est bien connu. Au bout du compte, on ne sait plus quels sont les actes qui ont déclenché le processus ni quels en sont les responsables. Nous en avons une illustration actuelle dans les relations entre Palestiniens et Israéliens depuis plus de cinquante ans.

- Grâce à l’armée, la cohabitation était devenue impossible !

- L’armée obéissait aux ordres. Quels étaient les responsables ? On en connaît un, le Général Aussaresses, il y en a d’autres.

- Au lieu de l’abandonner, on aurait pu partager l’Algérie : les grandes villes aux Pieds-noirs,

- A l’époque, on y a pensé mais on a vite renoncé à cette idée car irréaliste pour plusieurs raisons.

- L’opposition des Algériens ?

- Il aurait fallu maintenir une force militaire importante afin de les dissuader d’entreprendre la reconquête de leurs grandes villes.

C’était aussi un non-sens économique. Les Pieds-noirs auraient dû vivre sous perfusion de la métropole pour un coût astronomique.

Enfin, politiquement, l’O.A.S. aurait pris le contrôle de ces petits restes de l’Algérie française avec le risque de les voir faire tache d’huile sur la métropole.

par Absalon publié dans : Politique communauté : Forum officiel Canard enchainé
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Vendredi 16 mai 2008

 

LA GUERRE (3)

 

- Nous en étions restés aux méthodes de renseignement, en quoi consistaient-elles ?

- Quand les soldats de l’armée régulière revenaient de leurs « opérations » ils ramenaient souvent des prisonniers. Ce n’étaient jamais des combattants. Ceux-là connaissaient le sort qui les attendaient en cas de capture: l’exécution après d’horribles sévices. Pour eux, mieux valait périr les armes à la main ! Les prisonniers étaient de pauvres bougres qui s’étaient laissés surprendre par l’arrivée des militaires alors qu’ils s’occupaient des travaux agricoles ou que, dans leur mechta, ils aidaient leur femme à préparer le repas familial.

- Alors pourquoi les faire prisonniers ?

- Ils avaient forcément des contacts avec les rebelles. Ils les ravitaillaient de gré ou de force, ils connaissaient leur effectif, leur armement et leurs caches.

- Ils racontaient volontiers ce qu’ils savaient ?

- Pas vraiment mais ils étaient remis aux gendarmes qui connaissaient les techniques propres à favoriser les bavardages…

- C’était quoi ?

- La gégène branchée sur les testicules, la baignoire entre autres joyeusetés !

- La torture ! Je croyais qu’elle n’était pratiquée que dans des cas particuliers !

- Elle était généralisée. En métropole, les autorités l’ont nié pendant des dizaines d’années jusqu’à ce qu’un certain général Aussaresses en fasse l’aveu sous forme de revendication mais, en Algérie, c’était le secret de Polichinelle ! Tout le monde était au courant, si j’ose dire…La population algérienne connaissait les attributions des gendarmes, ce qui ne les rendait pas très populaires et expliquait leur peur des représailles sous forme d’embuscade. C’était d’autant plus ridicule que nous savions très bien comment celles-ci se déroulaient. Les gendarmes ne pouvaient pas l’ignorer.

- Comment ça se passait ?

- Les rebelles se cachaient au bord de la route. L’un des leurs, tireur d’élite, se postait sur une éminence. Il tuait le conducteur du véhicule d’une balle dans la tête et celui-ci allait se répandre dans la nature. Ses occupants étaient massacrés avant d’avoir pu esquisser le moindre geste de défense. Ils étaient dépouillés de leurs tenues militaires, délestés de leurs armes et les assaillants disparaissaient dans la campagne longtemps avant l’arrivée des renforts.

- « Dieu que la guerre est jolie » comme aurait dit Jacques Prévert !

- Le processus était si imparable que, tous les matins, pour descendre en ville, je prenais mon arme de service, un fusil américain « Garant » datant de la seconde guerre mondiale.

Si je ne l’avais pas fait, j’aurais sûrement fait l’objet d’un rappel à l’ordre; je prenais aussi mes cartouchières mais elles étaient vides. Les munitions restaient à la tête de mon lit dans la caisse en bois qui me servait de table de nuit. Je savais que, quoi qu’il arrive, je n’en aurai pas besoin.

- Vous n’aviez pas peur ?

- Non, j’avais vingt ans et ma situation personnelle était moins dramatique que ce à quoi je m’attendais en débarquant.

- Mais comment se fait-il, qu’à l’époque, l’usage de la torture ait été ignoré des métropolitains, aucun des militaires qui y ont été confrontés n’en a parlé ?

- Les militaires ont certaines caractéristiques en commun : la première, la mutité. Pour un Aussaresses, il y a un million de muets.

- Autrefois, on appelait l’armée : « la grande muette »

- Un qualificatif loin d’être usurpé !

Exceptionnellement, je serai ici samedi, je vous raconterai la fin.

- A demain.

par Absalon publié dans : Politique communauté : Forum officiel Canard enchainé
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Jeudi 15 mai 2008

LA GUERRE (2)

- Quelques mois après notre arrivée à Tizi-Ouzou, changement de décor.

Nous l’apprendrons en y arrivant, nous prenions la direction des environs d’Azazga, une autre ville de Kabylie. Un secteur peu enthousiasmant, une trentaine de kilomètres avant notre arrivée, nous prenons une petite route de montagne. Tous les poteaux téléphoniques ou électriques, qui longent la route, sont couchés par terre. Ils ont été coupés, la nuit précédente, par les fellaghas afin de perturber les communications de l’armée.

Sachant que, dès le lendemain matin, je reprendrai cette route pour aller chercher le courrier, ce n’est pas très encourageant…

Mais nous approchons de nos campements disséminés sur des « pitons » de la montagne kabyle

Le logement du service courrier est prévu dans une ferme dont les occupants légitimes ont été priés de déguerpir.

Nous allons partager les lieux avec des gendarmes métropolitains déjà présents depuis un certain temps.

- Qu’étaient devenus les fermiers ?

- Je ne l’ai jamais su.

- Et les gendarmes que faisaient-ils sur un piton kabyle ? Leur statut ne leur garantit-il pas un logement de fonction qu’ils occupent avec leur famille ?

- Les gendarmes sont des militaires. Comme tels, ils devaient faire une partie de leur service en Algérie. Comme en métropole, la plupart était logée dans des gendarmeries, en ville, avec femme et enfants. Ceux avec qui je cohabitais étaient tous célibataires sans charge de famille.

- Et leur mission ? Je suppose qu’ils ne faisaient pas de contrôles de vitesse ?

- Ni de mesures du taux d’alcoolémie. Les voitures civiles ne sortaient pas des villes, les routes étaient trop dangereuses. Elles étaient empruntées, uniquement, par des véhicules militaires circulant, le plus souvent, en convoi pour réduire les risques.

- Alors que faisaient-ils ?

- Du renseignement, c’était leur mission principale aussi bien en ville qu’à la campagne.

- Ca consistait en quoi ?

- J’ allais bientôt l’apprendre mais, dès le lendemain de notre arrivée, première descente en ville toujours dans la camionnette bâchée mais en compagnie de quelques gendarmes qui assuraient le même service courrier pour leur brigade.

- Vous voyagiez sous la protection des gendarmes !

- Une protection dont nous nous serions volontiers passés !

Dès le départ, je fus surpris par leur attitude. Les bâches étant relevées, ils scrutaient la 

campagne, le doigt sur la gâchette de leur arme, le teint blême. Manifestement ils étaient morts de trouille ! Des grands garçons comme ça ! Pensais-je à part moi - le plus jeune devait être mon aîné de dix ans - Ressentir des peurs de fillette effarouchée, est-ce bien raisonnable ?

Je n’allais pas tarder à connaître la raison de leurs craintes, elle venait de leur mission.

- Le renseignement ?

- C’est cela

- En quoi ça consistait ?

- Je vous le raconterai demain.

par Absalon publié dans : Politique communauté : Forum officiel Canard enchainé
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Mercredi 14 mai 2008

LA GUERRE (1)

 

 

Nous n’avions plus besoin de nous faire des politesses. Nous reprenions l’entretien comme s’il n’avait pas été interrompu.

- Dès mon arrivée en Algérie, je me portais volontaire pour faire partie du service courrier « vaguemestre » en langage militaire.

Nous formions une équipe de trois copains appelés dont un sous-off (maréchal des logis).

J’étais soulagé, je n’aurai pas à me battre contre des gens dont je comprenais les revendications. Mon état mental et physique s’améliora aussitôt.

- En quoi consistaient les missions des militaires français en Algérie ?

- Partir à la recherche des rebelles, le plus souvent sur renseignements, tenter de les exterminer si on les avait trouvés, organiser des embuscades et éviter de tomber dans celles tendues par l’adversaire. C’était ce qu’on appelait : « les opérations ».

- Et votre travail ?

- Avec mes deux collègues et un chauffeur, nous partions en camionnette de bon matin pour le B.P.M. (Bureau Postal Militaire) de la ville la plus proche, quarante à cinquante kilomètres. Après avoir trié le courrier, nous le rapportions aux campements, ils étaient plusieurs répartis dans la campagne. Le sous-off payait les mandats, mon autre copain, d’une constitution assez frêle, distribuait les lettres, moi, plus costaud, les colis.

J’étais moi-même un bon client pour les colis dans notre première implantation près de Tizi-Ouzou en Kabylie. Quand nous revenions du B.P.M., l’heure du déjeuner était passée. Les cuistots m’avaient gardé ma part dans une gamelle non couverte. Quand je m’en saisissais, je dérangeais de nombreuses mouches bleues qui avaient commencé leur repas sans m’attendre.

J’allais directement de la cuisine, à ciel ouvert, à la décharge située à la limite du camp, suivi par les mouches qui pouvaient enfin poursuivre leur festin en compagnie de leurs nombreuses congénères qui n’avaient pas jugé utile de se déplacer jusqu’à la cuisine.

J’avais donc demandé à mes parents de m’envoyer des colis de nourriture.

J’agrémentais les sardines à l’huile et le pâté de foie, reçus régulièrement, avec des biscuits achetés au Foyer.

Ce régime me permit de perdre, aussi vite que je les avais pris, mes dix kilos de surpoids.

- Vous n’êtes pas toujours resté à Tizi-Ouzou ?

- Non, l’un des principes de ce genre de guerre c’est la mobilité. Il ne faut pas que l’adversaire soit trop bien renseigné sur l’effectif, l’armement du régiment en présence. Les unités effectuaient de fréquentes permutations.

Demain, je vous raconterai notre déplacement à Azazga, toujours en Kabylie.

- A demain !

par Absalon publié dans : Politique communauté : Forum officiel Canard enchainé
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Mardi 13 mai 2008

L’INITIATION A LA GUERRE

 

 

- Comment avez-vous vécu votre appel sous les drapeaux ?

- Très mal, au point de commencer une dépression plusieurs mois avant mon départ. Je ne supportais pas l’idée d’aller me battre contre des gens qui étaient prêts à offrir leur vie pour la liberté. Je ne fus pas envoyé directement en Algérie. Quatre mois de « classes » raccourcies dans une ville du bassin parisien étaient censées me préparer à cette expédition.

Je ne me montrais pas très coopératif, incorporé dans le peloton des « élèves gradés » j’en fus promptement exclu. Je n’arrivais pas à me servir d’un fusil et tirais systématiquement à côté de la cible. Quinze jours après mon arrivée, je fis même un petit séjour en prison et je me retrouvais pourvu d’une coiffure qui n’était pas encore à la mode, à l’époque. Dans le jargon militaire : « la boule à zéro ».

- Une humiliation volontaire ?

- Bien sûr, réservée à ceux qui ne marchaient pas droit !

Avant de connaître les horreurs de la guerre, je découvrais celles de l’âme humaine.

Mon contingent était encadré par des jeunes gens qui appartenaient au contingent précédent. Ils avaient tout juste deux mois de service de plus. Ils avaient brillamment satisfait aux épreuves des « élèves gradés » mais n’avaient pas encore suffisamment d’ancienneté pour être nommés brigadiers, c’étaient les F.F.B. (Faisant Fonction de Brigadier). Même si l’on n’a pas fait de service militaire, on imagine ce que sont les adjudants, ils étaient pires !

Il fallait les vouvoyer et obéir à leurs ordres. Leur mission : casser la personnalité de leurs « subordonnés » et en faire des espèces de larves. Ils l’avaient pleinement assimilée, c’étaient des « petits chefs » au sens le plus négatif du terme.

- Votre dépression n’avait pas du s’arranger !

- Elle s’était transformée. Je me retrouvais doté d’un appétit gargantuesque. À la cantine, je finissais tous les plats pourtant peu appétissants et délaissés par mes camarades. Je terminais la journée au Foyer où j’achetais tout ce qui pouvait se manger. De retour vers ma chambrée, je m’arrêtais pour m’asseoir sur un banc en proie à des malaises qui me laissaient proche de l’évanouissement. En quelques semaines, je pris dix kilos. Beaucoup plus tard, j’appris le nom de cette affection : j’étais boulimique.

- En Algérie, ça n’a pas du s’arranger…

- Si. Demain je vous raconterai comment.

 

 

 

 

.

par Absalon publié dans : Politique communauté : Forum officiel Canard enchainé
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Lundi 12 mai 2008

L’ALGÉRIE VUE DE LA METROPOLE (2)

 

-

- Je me suis passionné pour Henri Rochefort, un pamphlétaire talentueux mais dont les écrits, datant du dix-neuvième siècle, avaient perdu de leur actualité…Peu avant mon départ pour le service militaire, j’ai appris la sortie d’un nouvel hebdo: « L’Observateur » qui défendait des idées beaucoup plus proches des miennes. Je l’achetais dès ses premiers numéros. Ma sympathie pour les opinions qu’il défendait fut renforcée par la bataille qu’il dut mener contre une feuille de chou versaillaise à la diffusion ultra-confidentielle, elle était spécialisée dans les courses de chevaux mais elle portait le même titre et semblait agir en service commandé pour couler ce nouvel organe de presse peu conformiste

« L’Observateur » que je lisais dut, très vite, échanger son titre pour celui de « France-Observateur » avant de s’appeler, quelques années plus tard : « Le Nouvel Observateur ».

- Revenons à la guerre d’Algérie, vous y étiez opposé ?

- Une guerre qui ne voulait pas dire son nom. À l’époque, on parlait des « événements » d’Algérie. La troupe y était appelée pour le « maintien de l’ordre ». Une expression toujours utilisée aujourd’hui et qui me fait frémir à chaque fois que je l’entends. Elle sert à justifier la répression de la police contre les revendications des travailleurs. A l’époque, il s’agissait de celle de l’armée contre les manifestations des Algériens qui, au début, réclamaient la justice, l’égalité, les mêmes droits civiques que les Pieds-noirs.

Dès cette époque, je pensais que cette répression hypothéquait les chances du maintien de la cohabitation entre les deux communautés. Je ne comprenais pas que par lâcheté, facilité et l’impuissance qui caractérisait les gouvernements , les autorités se laissent manipuler par les ultra de la colonisation qui n’avaient rien compris à l’évolution de l’humanité et s’obstinaient dans un combat sanglant d’arrière garde.

L’avenir allait se montrer encore plus funeste que tout ce qu’on pouvait imaginer .

par Absalon publié dans : Politique communauté : Forum officiel Canard enchainé
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Samedi 10 mai 2008

En marge de mes entretiens avec Otto, nous avons évoqué la catastrophe qui s’abat sur ce pays.

- Les Birmans sont victimes d’un cataclysme sans précédent. Des millions de sans abri essayent de survivre dans des conditions de précarité extrême. Comment leurs dirigeants peuvent-ils s’opposer à l’entrée des organisations humanitaires ?

- La Birmanie est une dictature militaire. L’émotivité, la compassion, ne font pas partie des qualités requises chez les militaires. Ce serait contraire à leurs statuts.

par Absalon publié dans : Politique communauté : Libre parole
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Vendredi 9 mai 2008

L’ALGÉRIE VUE DE LA METROPOLE (1)

Le lendemain j’avais encore préparé mes questions.

- Comment avez-vous été mêlé à cette guerre ?

- C’est très simple, j’avais vingt ans et, comme tous les jeunes gens de mon âge, j’ai été appelé à y faire mon service militaire et même un peu plus.

- Comment avez-vous réagi ?

- Très mal mais je ne pouvais pas m’y opposer

- Pourquoi avez-vous mal réagi ? N’était-ce pas votre devoir d’aller combattre la rébellion ?

- Ce n’est pas du tout ce que je pensais et je n’étais pas le seul !

- J’ai lu qu’il y avait eu des manifestations de militaires appelés à servir en Algérie.

- Uniquement des « rappelés ». Au début de la guerre, il fallait grossir rapidement les effectifs des militaires chargés du « maintien de l’ordre » devant le développement de la rébellion. On a fait appel à des jeunes gens qui avaient été libérés de leurs obligations militaires deux ou trois ans plus tôt. Ils avaient repris leur activité professionnelle, éventuellement fondé une famille; retourner dans l’armée, loin de chez eux, ne les amusait pas du tout. Certains se sont même couchés sur les voies de chemin de fer pour empêcher les trains de les emmener prendre le bateau.

Mais il y a une grande différence de maturité entre des garçons de vingt ans et leurs aînés comptant cinq ans de plus, beaucoup moins malléables. Les militaires de carrière qui les encadraient le savaient. Quand je suis arrivé en Algérie, avec mes camarades, nous avons été incorporés à un régiment constitué de rappelés. La discipline y était plutôt relâchée. Changement d’ambiance immédiat, quelques mois plus tard, quand les rappelés ont regagné leurs foyers, les sous-offs de carrière ont aussitôt repris leurs habitudes d’autoritarisme confinant à la persécution.

- J’ai cru comprendre que vous étiez opposé à cette guerre, comment vous étiez-vous forgé votre opinion ?

- Par la lecture du Figaro !

- ?

- Quand j’avais quinze ans, la télévision était très rare, nous ne l’avions pas. Pour s’informer, mon père se procurait deux journaux : « Le Figaro » le matin, « Le Monde » le soir, je les lisais après lui, avec une préférence pour « Le Figaro » dont la présentation me paraissait moins austère. Mais j’avais fini par renoncer à cette lecture en raison de certaines prises de position qui me révoltaient. « Le Figaro » s’opposait systématiquement aux revendications des travailleurs qui, à l’époque, ne luttaient pas pour le maintien de leurs acquisitions mais pour prendre leur part de l’accroissement des richesses dont ils étaient les principaux artisans. Ce journal défendait aussi et sans nuance, la position d’un colonialisme dont l’obsolescence me semblait appartenir à un passé révolu.

- Vous avez trouvé d’autres lectures ?

- Je vous en parlerai lundi.

par Absalon publié dans : Politique communauté : Forum officiel Canard enchainé
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Jeudi 8 mai 2008

ALGER

Le lendemain j’avais préparé mes questions :

- Vous avez rencontré des Colons à Alger ?

- Aucun ! Peut-être 2 ou 3 pendant tout mon séjour en Algérie. Les Colons sont des agriculteurs, leurs exploitations étaient tellement vastes que malgré les dimensions de l’Algérie ils étaient très peu nombreux.

Les Pieds-noirs étaient des gens comme vous et moi : commerçants, artisans, fonctionnaires, cadres, petits employés, peu ou pas d’ouvriers; le travail manuel était l’apanage des Algériens.

Alger était une ville européenne, on se serait cru à Marseille ou à Nice. C’était plutôt rare de voir passer un burnous ou une femme voilée. Mon beau-frère m’avait prêté des vêtements civils, il m’emmenait boire l’anisette dans les cafés qu’il fréquentait. Pas l’ombre d’un Musulman malgré une étonnante densité de population. Aux Pieds-noirs la ville, aux Algériens la casbah, ils en sortaient rarement. Les « Européens » n’allaient jamais dans la casbah, ils n’avaient rien à y faire et auraient eu peu de chance d’en sortir vivants malgré le grand nombre des patrouilles de l’armée française.

- Les deux populations ne se mélangeaient pas ?

- Absolument pas. Un jour j’accompagnais mes neveux sur la plage de la Pointe Pescade, un quartier d’Alger, là, sous une paillote, des jeunes filles en bikini improvisaient une danse rythmée au son d’un petit orchestre. Évidemment pas l’ombre d’une Musulmane dans les parages. On sentait chez ces jeunes qui fréquentaient la plage une soif de vivre commune à ceux de tous les pays mais qui, chez eux, semblait exacerbée par la crainte de devoir bientôt quitter ce petit paradis pour se réfugier dans les brumes de la Métropole.

« Vous avez neuf mois d’hiver » me disaient volontiers les Pieds-noirs quand ils apprenaient mon origine. Ils définissaient leur pays, l’Algérie, d’un seul mot : « le soleil ». Pour eux, le quitter pour la Métropole, c’était l’enfer après le paradis.

- Le climat de la Côte d’Azur n’est pas très éloigné de celui de l’Algérie !

- Ceux qui l’ont pu se sont installés au bord de la Méditerranée mais il n’y avait pas de place pour tous. Ceux qui ont du se réfugier au nord de la France se sont acclimatés plus vite qu’ils ne le craignaient même si la nostalgie les étreint encore quand ils pensent à leur pays et c’est bien normal.

- La vie que vous avez connue à Alger, c’était pareil dans toute l’Algérie ?

- Je n’ai pas connu les deux autres grandes villes, Oran et Constantine mais je crois savoir que c’était la même chose. En revanche, dans les petites villes de Kabylie et de l’Algérois

que j’ai fréquentées : Tizi-Ouzou, Azazga, Bouira…l’ambiance était très différente; pas de casbah, dans les rues la population algérienne dominait, les Pieds-noirs se faisaient discrets.

Une particularité : Aumale, c’était une ville de garnison depuis belle lurette. Jean-Claude Brialy y est né, en 1933, d’un père officier. On y voyait des militaires de tous grades et de tous corps. La Légion Étrangère y était très présente mais aussi l’Infanterie de marine et on croisait des spahis, des fantassins, des hussards…Dans mes souvenirs, j’y vois plus de militaires que de civils mais ma mémoire est peut-être défaillante…

- Vous avez donc été appelé à faire votre service en Algérie. Comment ça s’est passé ?

- Il est tard, je vous le raconterai demain.

par Absalon publié dans : Politique communauté : Forum officiel Canard enchainé
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